28 avril 2007
La campagne continue, restons nous-mêmes
Ségolène Royal est au deuxième tour, Jean-Marie Le Pen perd un million de voix par rapport à 2002. L’extrême droite a reculé, et la gauche et les socialistes sont présents pour une véritable confrontation contre la droite. Le spectre du 21 avril est donc momentanément éloigné. Pourtant, le plus dur reste désormais à faire, et en peu de temps.
Si le socle de Nicolas Sarkozy à la sortie du premier tour est plus solide que celui de Ségolène Royal, le candidat de l’UMP fait peur à une grande partie des Français. Cette peur, nous la ressentons tous les jours sur le terrain lorsque nous militons. Mais davantage plus que le « Tout sauf Sarkozy », c’est bien le « Tous pour Ségolène » qu’il faut mettre en avant dans cette dernière ligne droite. Il convient de montrer qu’elle est la meilleure pour rassembler autour de son projet le plus grand nombre de Français. La gauche sociale et démocratique ne se résume pas à l’antisarkozysme, mais se veut à l’écoute des aspirations profondes de nos concitoyens pour porter le vrai changement. Comment rassembler et vaincre, à la vue des chiffres du premier tour ?
Pour certains, la victoire serait difficile, en raison du score déjà important de Nicolas Sarkozy. Il est vrai que la mise en avant d’une droite décomplexée a en partie fait ses preuves, encore qu’il faille discuter l’efficacité de la stratégie de l’UMP face au Front National : si Jean-Marie Le Pen a perdu des voix, il a également pâti de la forte participation, notamment chez les jeunes. Mais la gauche, unie rapidement autour de Ségolène Royal, contribue d’ores et déjà à grossir son score au second tour.
Rapidement, dès le 22 avril au soir, l’attention s’est portée sur les citoyens qui ont voté François Bayrou. La clé du scrutin serait dans ces quelques 18%. Le phénomène qui a conduit au triplement du score de l’UDF entre 2002 et 2007 est bien trop important pour qu’on y consacre des analyses rapides et simplistes. C’est pourtant bien de ce type d’analyses qu’il s’agit lorsqu’on développe l’idée selon laquelle il faudra orienter la campagne vers le centre pour s’attirer les suffrages. Il faut pourtant décortiquer le vote Bayrou, et y distinguer au moins trois catégories.
L’électorat de François Bayrou au soir du 22 avril, n’est ni solidement ancré, ni véritablement centriste. Nous l’avons souvent dit, le centre, c’est la droite. Et cela, nous le vérifions tous les jours dans les exécutifs locaux, lorsque les élus UDF votent avec les élus UMP. Ce centre-droit, nous pouvons l’estimer à 6%, c’est-à-dire au niveau du score de l’UDF en 2002. Il n’y aurait donc pas, plus aujourd’hui qu’il y a cinq ans, de centre développé.
Une deuxième partie de l’électorat Bayrou, représentant également une proportion d’un tiers, rassemble ce que l’on a appelé « l’électorat rebelle ». Ces citoyens ont cru trouver dans le vote Bayrou le moyen de porter un coup à un système qu’ils considèrent sclérosé et inefficace. Sans investir les travers, parfois simplistes, souvent démagogiques, qu’a empruntés François Bayrou durant sa campagne, nous pouvons affirmer que depuis longtemps nous développons le diagnostic d’une France enfermée dans un système institutionnel qui met à mal la démocratie, et que depuis longtemps nous portons l’idée d’une VIe République.
Enfin, une troisième partie de l’électorat de l’UDF au premier tour, a cru voir s’incarner en François Bayrou le vrai changement, face à Sarkozy. C’est évidemment une déception pour nous de n’avoir pas pu rassembler ces électeurs qui, désireux de changement, refusant de replacer la droite au pouvoir pour cinq ans, n’ont pas voté pour la gauche au premier tour. A nous désormais de montrer que la rénovation de la vie politique, la relance de l’Europe, la priorité à l’éducation et à l’écologie, sont des aspirations entendues par notre camp, qui saura y répondre une fois aux responsabilités.
Il faut désormais rassembler la
majorité des citoyens français autour du Pacte présidentiel de Ségolène Royal.
Durant deux semaines, nous devons avoir à cœur de confronter deux projets de
société, le premier qui, pour le changement, s’adresse au potentiel de la
France, le second qui, pour la continuité en pire, s’adresse à une France figée
et crispée. Il n’y a pas de véritable centre en France, il n’y a donc pas à
aller chasser sur d’autres terres pour l’emporter. Il convient au contraire de
rester nous-mêmes, de ne rien renier de nos valeurs et de notre projet de
société qui, si nous le développons et le portons avec force durant cette
campagne, permettra de rassembler autour de nous ceux qui auront, le temps d’un
jour, voté pour l’UDF.
La clé de cette campagne reste de transformer à gauche.
Commentaires
La clé de cette campagne est de transformer la gauche
On ne peut nier l' existence d' un centre en France, ou en tout cas d' un électorat centriste. Certes, l' UDF n' est que la droite light (et encore) et cela malgré l' indépendance affichée par son leader. D' ailleurs, j' ai bien peur que le PD ne soit que l' UDF qui change de nom et que les électeurs qui risquent d' être tentés par cette "nouvelle" force politique en juin risquent d' être décus par l' attitude de leurs députés une fois élus. Si les électeurs centristes sont indépendants, ce n' est pas le cas de leurs représentants.
Car oui, je crois qu' un centre existe dans notre pays. Ce n' est pas si nouveau d' ailleurs, mais François Bayrou a réussi le tour de force plitique (malgré son bilan de député et son programme) de faire croire qu' il pouvait l' incarner. Peut-être d' ailleurs que son "recentrage" est sincère mais sans force politique derrière, il ne vaut pas grand chose. Certains électeurs, de "centre droit" ou de "centre gauche" se sont sentis plus proches du candidat UDF que de leurs "camps" respectifs qu' ils ont vu comme se renfermant sur eux même.
La gauche se trouvant à un niveau horriblement bas et la menace en autoritaire incarnée par Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal a du (plus par tactique que par conviction) annoncer l' impensable à gauche: qu' elle est prète à gouverner avec le centre. Bon, le centre politique étant ancré trop traditionellement à droite pour assumer cette mutation du paysage politique (il semblerait que les électeurs centtristes soient plus centristes que le parti centristes), Ségolène Royal a fait le choix de se rapprocher des figures historiques du centre gauche et d' annoncer la mise en place d' une politique du réalisme bayroucompatible à défaut d' être bayrouphile. Je ne sais pas si cette tactique nous mènera à la victoire. Mais en tout cas, je pense que face à un Nicolas Sarkozy qui nous propose une droite fermée sur elle même et radicale, il est plus judicieux de proposer une gauche de l' ouverture et de l' apaisement.
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